Le Marathon pour la Paix est l'un des jalons fondateurs de la Cooperativa Liberté : deux éditions, séparées par trois ans et demi, au cours desquelles il s'est passé quelque chose de difficile à expliquer sans l'avoir vécu. Des personnes en situation d'incarcération, des victimes d'infractions, des personnes libérées, des proches, des marathoniens professionnels et des magistrats se sont alignés ensemble sur la même ligne de départ et ont franchi ensemble la même ligne d'arrivée. À notre connaissance, ce fut le premier marathon au monde organisé à l'intérieur d'une prison avec cette composition humaine.
Comment est née l'idée
Après une série de journées « Portes Ouvertes » à la Unidad Penal N°15 de Batán, Pampa eut l'idée d'organiser un « Marathon pour la Paix ». Il s'était inspiré d'un événement sportif organisé dans la province de Corrientes par l'association Víctimas por la Paz. Mais il ne voulait pas simplement copier l'idée : à Liberté, le marathon devait servir à quelque chose de plus que courir — à ce que des victimes, des personnes en situation d'incarcération, des proches et des magistrats foulent le même asphalte.
Mais il fallut d'abord patienter. Quand Pampa présenta l'idée au Dr. Mario Juliano — déjà officiellement parrain de Liberté —, le juge se montra d'abord réticent. Il l'écouta, et le fit attendre : « on verra », lui dit-il, avec ce ton mesuré qui lui était propre. L'idée resta en suspens pendant qu'avançait un autre projet que Pampa lui avait également soumis : peindre une immense fresque sur le mur du passage que l'on voyait depuis l'atelier, celle qui allait devenir El Mural Más Lindo Del Mundo. Et c'est là, à la fin de cette fresque, que Mario s'approcha et lui dit presque à voix basse : « si tu veux, on commence à organiser le marathon ».
Mars 2019 : le premier départ
Le premier Marathon pour la Paix fut couru en mars 2019, à l'intérieur de la Unidad Penal N°15 de Batán. Le parcours fut tracé en empruntant les voies de circulation internes du pénitencier, en aller-retour. Le départ eut lieu depuis Liberté et l'arrivée, ainsi que la cérémonie de clôture, se déroulèrent à la Comunidad Pastoral Universitaria. Il y eut de la musique en direct, une remise de prix, et une série d'intervenants qui manifestèrent une émotion particulièrement saisissante, surtout lorsque ce fut au tour du président de la Fédération des Marathoniens, dont les dirigeants avaient fait le déplacement pour superviser la compétition.
Ce même jour, dans le cadre du programme culturel qui accompagnait le marathon, fut inaugurée l'exposition de tableaux « Enamorate si podés » de l'artiste Betina Ferrara.
Au marathon ne participèrent pas seulement des membres de Liberté, leurs proches et d'autres personnes en situation d'incarcération de la UP15. Des magistrats, du personnel pénitentiaire et les marathoniens professionnels venus superviser la compétition coururent eux aussi. Beaucoup concouraient en portant les maillots offerts du marathon qui avait servi d'inspiration — des maillots que les participants conservent encore aujourd'hui comme de véritables trésors.
Fidèle aux principes de Liberté, le marathon fut inclusif par conception : chaque participant, regroupé par catégorie, mesurait sa propre performance avec ceux qui se trouvaient dans une condition physique similaire. Certaines personnes eurent même la possibilité de participer en mode marche.
Le jour où Diana arriva à Batán
À ce premier marathon vint, pour la première fois de sa vie, la Dra. Diana Márquez. C'était sa première visite à la prison de Batán. C'est là qu'elle découvrit Liberté, et ce qu'elle vit changea son agenda. Trois ans plus tard, elle serait co-créatrice du Restaurante Punto de Paz — le premier restaurant au monde géré par des personnes en situation d'incarcération — et elle est aujourd'hui secrétaire de la Cooperativa Liberté. Le marathon fut la porte : l'alliance avec Víctimas por la Paz avait déjà commencé avec la fresque, mais ce fut ce jour-là — mars 2019 — que Diana franchit pour la première fois les murs de Batán et que commença à se tisser le lien dont allaient naître plusieurs chapitres partagés — parmi lesquels le Restaurante Punto de Paz.
2019, une année chorale
Le marathon ne fut pas la seule cause importante à laquelle Liberté s'attela à cette époque. En 2019 démarraient, avec leurs inévitables controverses, les Comités de Prévention et de Résolution des Conflits : le Gabinete, le Comité et l'Assemblée connue sous le nom de Batán rinde cuentas. Ces espaces réunissaient des représentants de Liberté aux côtés du personnel pénitentiaire des secteurs administratifs, du chef du SPB et jusqu'au ministre de la Sécurité de la Province. Et en décembre de cette même année fut inauguré un autre jalon de cette même série : El Mural Más Lindo Del Mundo, peint le 19 décembre 2018 sur le mur du passage que les travailleurs de Liberté voyaient chaque jour tout au long de leur journée.
19 novembre 2022 : la deuxième édition
Le deuxième Marathon pour la Paix fut couru le 19 novembre 2022, organisé à nouveau par Víctimas por la Paz et Liberté, avec les mêmes caractéristiques que le premier : marathoniens professionnels, personnes en situation d'incarcération, proches et magistrats du Pouvoir Judiciaire courant ensemble. Cette fois, Liberté s'était déjà installée dans son Territoire actuel, et le marathon servit également d'occasion pour récompenser le Restaurante Punto de Paz — qui fonctionnait alors depuis plusieurs mois à l'intérieur de l'Unité. Le départ et l'arrivée furent des actes qui se déroulèrent intégralement au sein de l'institution coopérative.
Courir pour réparer
Si le restaurant nous a appris qu'une table peut faire ce qu'aucune cellule ne peut, le marathon nous a appris quelque chose de parallèle : la rue répare aussi. Vingt et un kilomètres courus en parallèle par une victime et une personne en situation d'incarcération transforment la distance entre les deux. Après, ce n'est plus la même distance. C'est pourquoi — avec Víctimas por la Paz et la Fédération des Marathoniens — nous évaluons l'organisation d'une troisième édition.